Lettre à mon corps vieux #1 – Danielle Merian

Danielle Merian a 88 ans. Avocate honoraire, femme de conviction et de mots précis.

Elle écrit à son corps avec la même franchise qu’elle a toujours portée devant les prétoires. Sans détour, sans apitoiement. Une amputation, des chutes, une canne et quelque chose qui tient. Une lucidité douce, une joie qui refuse de céder. Elle parle d’une vie qui continue. Autrement.

Danielle MERIAN

Avocate Honoraire, 88 ans

Longtemps engagée au barreau, Danielle Merian a consacré sa carrière à la défense des droits fondamentaux. Aujourd’hui avocate honoraire, elle poursuit ce combat sur le terrain associatif, notamment au sein de SOS Africaines en danger, où elle s’implique activement pour la protection des femmes et la lutte contre les violences. Elle porte une parole claire, ancrée dans l’expérience, au croisement du droit et de l’engagement.

« Mon corps et moi quand je vieillis »

Lettre Danielle Merian

Mon corps vieilli. J’ai 88 ans. 

Quand j’avais 80 ans j’ai été amputée du sein droit. J’étais furieuse. Je me suis calmée quand j’ai vu au cinéma dans un film Charlotte Gainsbourg se montrer telle que je suis devenue. J’ai compris que nous n’avions pas à avoir honte de notre santé et que cette célèbre actrice était un modèle de résilience.

Aujourd’hui tout mon corps est ridé. Comme c’est inéluctable il faut bien l’accepter. Ce que j’apprécie dans un visage ridé ce n’est pas les rides c’est l’acuité du regard et la douceur du sourire.

Je pense à notre ami Edgar Morin qui vient de mourir à 104 ans très faible physiquement mais toujours passionné par les joies de la vie.

J’ai beaucoup grossi et j’ai compris que je mangeais trop : un hors d’oeuvre, un plat, une salade, fromages et dessert, c’est trop pour mon âge. J’ai adopté la sobriété, je m’arrête à la satiété. J’ai maigri et je suis plus jolie même si je suis encore à 72 kgs.

Deux fois par semaine je fais de la gym douce car je suis percluse d’arthrose et j’ai les muscles mous, dans l’espoir d’enrayer la dégradation. Je marche de moins en moins vite, mais je marche, et avec une canne, qui fait lever tout le monde dans le bus ou le métro. Vive la solidarité !

Comme je suis beaucoup tombée avec beaucoup de suites douloureuses je regarde mes pieds quand je marche et non la lune, les nuages et les étoiles et je dis toujours à mes enfants : je finirai bossue à force de baisser la tête pour regarder mes pieds.

Aujourd’hui que je ne peux plus courir je songe souvent avec nostalgie au bonheur que j’ai eu de jouer au tennis de l’âge de 10 ans à l’âge de 70 ans.

Mais le souvenir du bonheur est encore du bonheur dit Salvatore Adamo.