Lettre à mon corps vieux #4 – Mehdi Krüger

Poète-interprète, Mehdi Krüger place au cœur de son travail la rencontre entre la langue et le corps.

Pour cette quatrième Lettre à mon corps vieux, il nous offre un slam où le corps devient corpus. Texte vivant, traversé par le temps, encore chaud, encore en quête de sens.

slam mehdi kruger

Mehdi Krüge
Poète et Interprète

Mehdi Krüger est poète-interprète. Depuis plus de vingt ans, il fait de la scène son arène et de la langue sa matière première. D’origines allemande et algérienne, il développe une écriture singulière et sensuelle, nourrie autant de René Char que de Kendrick Lamar. Ses disques et livres, récompensés par plusieurs prix, prolongent une parole qui puise sa force dans l’oralité. On lui doit notamment Seuls les vivants ont raison aux éditions Vox Scriba, et L’Arabstrait, poésie radiophonique diffusée sur Arte Radio.

Pour Miroir Miroir, il a choisi d’adresser sa lettre à son propre corps vieillissant en slam. Avec la précision du poète et la sensibilité du passeur de mots, il invente une langue à part, corporelle, inventive, traversée par le temps.

Mon corps est un corpus
Mais mon corps est encore plus
Graffé de hiérogriffures
Si grave mon histoire jusqu’à l’os
Malgré mes écorchures
Mon corps est encore chaud
Jusqu’à l’aube je divague
Amer ou empli d’amour mercure
Chaque mot qui s’amorce
Chaque morsure de l’encre sur papier
Est un morceau de vie où l’on incorpore de la peau
Ecriture suture apaisée
Rapiécée par les aiguilles du temps
J’ai du mal à trouver mes mots – globine
De l’enfant indigné au vieillard indigne
Ma vitalité m’a déjà quitté
Mais je cherche encore
De la chair, du chant, du corps
Je cherche encore du sens, du sensuel
Loin du consensuel édulcoré
À mon corps défendant
À mon corps dépendant
À mon corps replié, froissé, déchiré,
Je t’écris par ta main
En commençant par la fin
Par le bas du parchemin
Tout part, revient
On ère, on perd le chemin
Je vis sans peur
À part demain
Désormais l’encre a blanchi
Me voilà affranchi de qui j’étais avant
Livré au temps
Comme un papier lancé
À la dérive des rides de l’eau et du vent
Et ma peau hésite
Mais je défends à corps et à cri
Ce que mon corps a écrit

– Mehdi Krüger